Compte-rendu d’une Visite en Inde
19 mars 200919/01/2009 – 07/02/2009
Par Alain Picard – Homéopathe à Neuchâtel (Suisse)
Bombay – avec le Dr Faorkh J. Master
Trivandrum – avec la Dresse Bindu J. Pulparampil
1ère partie : Vie pratique – Vie Sociale
La Genèse du voyage
Depuis plusieurs années, notre petit groupe d’homéopathes reçoit une fois par an, et pour 3 jours, le Dr Farokh J. Master qui nous raconte comment il pratique l’homéopathie à Bombay en Inde. Ces rencontres, émaillées de cas vidéo et de conférences sur des remèdes que nous connaissons mal, nous font progresser dans l’Art difficile qu’est l’homéopathie classique (également appelée uniciste par certains).
La dernière fois, Farokh nous dit « et pourquoi ne viendriez-vous pas passer quelques jours chez moi à Bombay ? Vous pourriez voir réellement dans quelles conditions nous travaillons et quel genre de patients nous soignons » ?
Piqués au vif par l’intérêt de la proposition, 9 d’entre nous se décidèrent à faire le voyage jusqu’en terres indiennes. Ne dit-on pas, « les voyages forment la jeunesse » ?
Les Préparatifs
La température à cette époque de l’année (fin Janvier) est de 25°C la nuit et 35°C-38°C le jour à Bombay avec une humidité relative de 70%. A Trivandrum (à la pointe sud-ouest du pays) il fait aussi chaud mais peut-être un peu plus humide à cette saison.
Outre les guides touristiques, nous nous sommes munis de remèdes préventifs et curatifs de la « turista » que l’on considère comme quasi obligatoire quand on va dans ces pays. En fait tout s’est bien passé pour tout le monde et personne n’a été malade du gros intestin. Heureusement car ce n’est pas facile de trouver des toilettes publiques dans ces 2 villes.
Une bonne recette consiste à prendre chaque jour 1 goutte de HE de Sarriette sur un comp. neutre + 10 gouttes d’extrait à 33% d’EPP (extrait de pépins de pamplemousses) + 1 gélule de probiotiques sous forme de lactobacilles. En cas d’attaque, des gélules de charbon et forcer la dose d’EPP et de probiotiques. Boire l’eau du riz, manger du riz blanc, boire du thé noir, supprimer les plats « Masala » (divers mélanges d’épices locales).
Le Voyage
Si en chemin vous avez l’occasion de faire un stop de 24h à Doha (Qatar), n’hésitez pas. Cette ville toute neuve en construction est époustouflante. Le tout nouveau musée d’Arts Islamiques construit par Ieoh-Ming Pei (l’architecte Chinois qui a commis la Pyramide du Louvre) et Jean-Michel Wilmotte. Ce musée inauguré en Novembre 2008 vaut à lui seul le voyage, à mon avis .
L’Arrivée à « Bombay International Airport »
On se souviendra longtemps de cette arrivée à Bombay vers les 6h du matin. Nous avions quitté la Suisse sous un manteau neigeux, par un froid sibérien. C’est par 26°C que nous avons retrouvé Farokh Master qui nous attendait depuis 1 heure (un grand merci à lui).
Dès la sortie du hall de l’aérogare, on se trouve en prise directe avec la vie de « busy » Bombay. Les porteurs (officiels et non officiels) se précipitent pour vous « aider » avec votre valise contre quelques roupies. Plus loin c’est les taxis hors d’âge et à bout de souffle qui se battent pour vous proposer de vous emporter avec vos bagages pour parcourir les 35km qui séparent l’aéroport de la ville. Compter 1h30 de route ; assurance-vie vivement recommandée.
Malheur à vous si vous n’avez pas négocié le prix de la course au préalable. Les compteurs des taxis de Bombay indiquent un prix (bas) qui n’est JAMAIS celui demandé par les chauffeurs un fois arrivé à destination. Ils ont tous des abaques (tabelles, en Suisse) pour traduire au cours du jour le montant en « Indian Roupies (INR) » indiqué au compteur. Mais ça n’est valable que dans la ville. Hors les murs, c’est un autre tarif : celui de l’arnaque sans abaque (… et sans vaseline !).
A l’arrivée dans le cœur de la ville, c’est un concert permanent de klaxons qui nous attendait. La fatigue en plus, ce bruit incongru pour nos oreilles occidentales nous est apparu totalement assourdissant. En fait, les Indiens ne savent pas conduire sans user et abuser du klaxon.
On « Horn » en anglais à tous propos : quand on démarre (pour avertir qu’on met en route), quand on commence à rouler (pour avertir que l’on commence à rouler), quand on roule (pour avertir que ça y est, maintenant on roule), quand on va ralentir, quand on ralentit, quand on stoppe, pour éviter un piéton, un cycliste, un autre taxi, un auto-rikshaw, une vache, une charrette à bras, etc … bref, on klaxonne tout le temps !! Je crois que c’est pire qu’au Caire, pour ceux qui connaissent.
De l’hôtel à la « clinic » de Farokh
Bombay, ville en surpopulation manifeste est la capitale économique du pays .
Selon le recensement de 2001, la population de Bombay s’élevait alors à 11 914 398 habitants. Le World Gazetteer en déduit pour 2008 le chiffre de 13 662 885 habitants, l’aire urbaine en aurait quant à elle 20 870 764. La densité de population est estimée à 22 000 hab/km2. Le taux d’alphabétisation de la ville est supérieur à 86%, supérieur à la moyenne nationale. Plus de 50% de l’accroissement démographique résulte de migrations depuis d’autres régions : plus d’1 million de personnes entre 1991 et 2001 Certaines projections prévoient que Bombay remplacera Tōkyō comme ville la plus peuplée du monde d’ici 2020 .
Pour aller de notre hôtel à la « clinic » de Farokh (comprendre cabinet de consultation), distants de 5km l’un de l’autre, il faut compter environ 1h en taxi ou en « auto-rikshaw » (triporteurs à 1 roue devant et 2 derrière) mus par un moteur de vespa des années « 50 », qui « fait » autant d’huile que d’essence, le tout dans une pétarade assourdissante. Si vous les empruntez, vous risquez chaud … d’où leur nom … peut-être ? Les mêmes engins redoutables sont appelés « Tuktuk » dans les pays d’Asie du S.E et en Indonésie. C’est la même chose. Le dénominateur commun est qu’on risque sa vie à chaque tour de roue … avec en prime, le nez au niveau du pot d’échappement tout fumant du triporteur ou du taxi de devant.
On mettra le même temps sur un trajet combiné : à pied jusqu’à la gare et 3 arrêts de train ensuite.
Le train vaut la peine d’être décrit.
Les 2 derniers wagons de la rame sont réservés exclusivement aux femmes. Malheur à lui si un homme y monte ! En dehors du fait qu’il risque une amende salée (100 roupies, ce qui est beaucoup sur l’échelle des salaires locaux), il se fait conspuer et carrément jeter dehors par les femmes en furie. J’ai moi-même essayé … Même si vous ne comprenez pas le sabir local, c’est très vite intenable. Très rapidement, on ne demande qu’une chose : changer de voiture au prochain stop sans demander son reste ; et on saute avec plaisir dans les wagons bondés réservés aux hommes (les femmes peuvent aussi y monter. On ne les jette pas dehors, nous …).
Les wagons du train valent le détour. Les sièges (généralement en bois) sont tachés quand pas défoncés pour ceux qui sont en molesquine. Les portes (coulissantes comme dans le métro) ne sont jamais fermées. Les wagons sont bondés aux heures de pointe. Le RER parisien le matin ou le soir, c’est le désert à côté des quais du train à Bombay. Y monter et en descendre nécessite un entrainement préalable.
Dès l’arrivée du train en gare, tout le monde court pour monter dans un wagon au plus vite. Avant même que le train ne se soit immobilisé en gare, tous ceux qui devaient monter sont déjà à bord du train. Ils y sont montés mais pas toujours rentrés, si vous voyez ce que je veux dire …. Malheur à ceux qui voulaient en descendre et qui ne se seraient pas au préalable positionnés sur la porte, voire au dehors, accrochés à la rampe. Si vous tentez de sortir en disant poliment « pardon », « pardon, je voudrais descendre » vous raterez certainement votre arrêt et vous devrez dès à présent vous positionner pour sauter en marche du train avant l’arrêt suivant. Personne ne bougera pour vous faire de la place. D’ailleurs, le pourraient-ils ?
Donc, pour résumer:
1. Pour descendre du train, il convient de le faire dès que la vitesse est suffisamment basse pour sauter hors du wagon sans se casser le cou.
Tip : Descendre dès que les premiers mètres du quai de gare sont sous les roues.
2. Pour y monter, il convient de le faire dès qu’on peut accrocher une main courante.
Tip : Le plus tôt c’est le mieux.
3. A chaque station, le train ne s’arrête guère plus d’1/2 minute complètement. Le conducteur ne tient aucun compte des grappes humaines suspendues au bastingage ou aux rampes des wagons lors du redémarrage de la rame.
Tip : Accrocher-vous ferment à tout ce qui dépasse !
La Pauvreté
Impossible de parler le l’Inde sans aborder ce sujet … parfois tabou pour les Indous.
La pauvreté est partout: 44% de la population indienne vit avec moins d’un dollar par jour…
Bien visible dans les grandes villes comme Bombay, elle l’est moins dans les villes du Sud de l’Inde, mais elle reste omniprésente un peu partout. C’est même ce qui frappe le plus les occidentaux lors de leur première visite en Inde : « The Indian Shock » !
Le système des castes, hors-la-Loi puisque officiellement aboli par la constitution de la République Indienne, semble toujours très présent en arrière plan de la vie sociale de ce pays. Il serait, selon certains, responsable du fait que la grande pauvreté perdure dans ce pays ?
Concernant la mendicité, le mot d’ordre donné par nos hôtes indiens a été de « ne rien donner aux mendiants ». D’après eux, en général, ils font partie de bandes organisées et l’argent collecté ne leur revient pas directement. Ils vont enrichir les « souteneurs » ou exploiteurs en tous genres qui les mettent dans la rue pour quelques roupies par jour. Si vous donnez des stylos-bille par exemple, ils sont revendus et l’argent ne tombe pas dans la poche des pauvres à qui vous avez donné. Certains d’entre nous ont choisi d’offrir les restes de nos repas pris dans les restaurants locaux. C’est peut-être une bonne idée ? Au moins on peut supposer que c’est difficile à revendre et que ce « cadeau » profitera directement à celui qui l’a reçu ?
Pour vous faire une idée de ce que nous avons vu à Bombay, allez voir « Slumdog Millionnaire »
Ce film qui vient de se voir décerner 8 oscars à Hollywood le 23 Février dernier (2009) . Bien que très critiqué par les intellectuels indous , je trouve qu’il reflète assez bien ce que nous y avons vu.
Les critiques dénoncent une exploitation de la misère au sein des bidonvilles. En Inde, certains n’acceptent pas les dires de la presse qui a parlé de « pornographie de la pauvreté » dans un pays où 455 millions d’habitants survivent chacun avec moins de 1,25 dollar par jour. D’ailleurs, dans le bidonville de Dharavi, où a été tourné le long métrage, une affiche proclamait : « Nous ne sommes pas des Slumdogs (chiens des bidonvilles). » Aujourd’hui, les habitants du bidonville ne sont pas tous d’accord. Mais, pour eux, le succès du film n’aura surement que peu d’impact sur leur vie.
L’attrait de Bombay en tant que mégalopole économique (une agglomération de 19 millions d’habitants en 2006, soit une des dix plus importantes au monde) fait affluer des milliers de familles en provenance de toutes les régions de l’Inde.
Ils espèrent y trouver du travail et une amélioration de leurs conditions de vie.
Au lieu de cela, c’est souvent le chômage et la rue qui les attendent. Si vous vous promenez tard le soir ou au petit matin dans les rues de Bombay Centre, vous les voyez tous ces gens qui n’ont comme couchage que le trottoir recouvert d’un carton de récupération et une couverture légère en guise de couette. Ils dorment serrés les uns contre les autres, histoire de se tenir au chaud. Les chiens vagabonds trouvent leur place autour du cercle, mais parfois aussi à l’intérieur. Ils contribuent eux aussi au réchauffement de la place et en même temps profitent de la douce ambiance collective ainsi crée.
Certains groupes se sont fait un abri provisoire à l’aide d’un drap accroché pour une partie aux grilles d’un parc public ou à celles d’un bâtiment officiel, et de 2 bouts de bois plus quelques ficelles de l’autre côté. Sous cet auvent de fortune, dort toute une famille nombreuse.
C’est dans les toilettes publiques, parfois pas toutes proches, que tout ce petit monde s’exonère et se lave … enfin si on peut dire!
De ces abris ou campements de fortune. la surprise est grande de voire sortir tôt le matin, des enfants « costumés » à la mode Anglaise pour aller à l’école : Chaussures, chaussettes blanches (plus ou moins en accordéon sur les chaussures), short bleu ou jupe à plis écossaise, chemise blanche, parfois une cravate …
C’est tellement inattendu au milieu de cette « cour des miracles » qu’est la rue de Bombay !
La Gentillesse
Parallèlement à la pauvreté, il ne faut pas manquer de signaler l’extrême gentillesse de tous, quelle que soient leurs origines sociales. Nous avons découvert un peuple doux, souriant, rendant service, aimable … bien loin des trognes renfrognées que nous connaissons parfois sous nos latitudes. Est-ce l’effet d’un soleil quasi quotidien? Je ne sais.
Même dans l’extrême pauvreté, les gens répondent à votre sourire par un autre sourire (parfois très édenté) mais si naturellement emprunt de gentillesse et de compassion! Et pourtant ils n’ont rien de matériel à donner, ce gens, tellement grande est leur dénuement et peut-être leur souffrance, pour certains? Malgré tout, ce sourire, il est tellement beau !!!
A suivre ….